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 Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.

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Amandine

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MessageSujet: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyMar 22 Sep - 21:30

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyVen 25 Sep - 22:15

=O =O Tu me fais flipper, je connais une Véronique et une Lucie, mère et fille comme dans ton texte xD.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyVen 25 Sep - 22:39

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptySam 26 Sep - 21:26

Camille a écrit:
=O =O Tu me fais flipper, je connais une Véronique et une Lucie, mère et fille comme dans ton texte xD.


Pardon mdr
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyMer 30 Sep - 15:45

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il étit arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyDim 11 Oct - 23:30

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eungénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait porposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyLun 12 Oct - 12:02

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptySam 17 Oct - 23:11

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en communion avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.


Je suis à sec, continue =)
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyLun 19 Oct - 20:08

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en communion avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'essayais de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyVen 30 Oct - 23:04

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'essayerais de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.

C'est pas logique, tout le début de la lettre dit qu'il va dire quelque chose et pour finir il dit rien xD. Je peux changer? =) Je le fais et si t'aimes pas rechange =). J'ai changé quelques temps, je sais pas si c'est + français qu'avant mais il me semble=). L'utilisation du conditionnel passé est ici assez ardue 8D.
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptySam 31 Oct - 15:25

Ben je te ferais savoir que la lettre n'est pas terminée.
Change si tu veux.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyLun 2 Nov - 23:05

Ben oui mais on a quand même changé de sujet, comment tu veux revenir naturellement au truc qu'il voulait lui dire?

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyMar 3 Nov - 16:23

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
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Raphou




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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyMar 3 Nov - 20:00

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyJeu 5 Nov - 20:25

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.


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Raphou




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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyJeu 5 Nov - 22:20

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyVen 6 Nov - 14:24

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.

Jamais l'infirmière n'avait vu autant de monde dans une chambre. Et certains étaient restés dans le couloir, de surcroît. Toute une classe autour d'une comateuse. Certains étaient assis sur les fauteuils, deux ou trois sur le bord du lit, d'autres encore restaient debout. Certains pleuraient. Certains regardaient autour d'eux, comme perdus; certains la fixaient, elle; certains regardaient avec une fascination craintive la machine qui retenait toujours Lucie en vie.
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Raphou




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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyVen 6 Nov - 16:43

Ils avaient tous des attitudes différentes, mais tous étaient présents. Apparemment, la jeune fille devait être fort appréciée à l'école pour qu'autant de monde vienne la voir. C'était les élèves qui avaient décidé de leur propre chef de venir tous ensemble, sans que leur titulaire n'ait rien à dire. Et maintenant cela faisait presqu'une demi-heure qu'ils étaient là, muets, dans la chambre d'hôpital. Lucie était toujours très sereine, n'avait hélas pas bougé malgré une certaine agitation - très silencieuse, certes, mais tout de même présente- lors de l'arrivée de ses compagnons.
Soudain, Marc se leva et sortit un CD de son sac. Il avait aperçu un lecteur sur une petite table. Il s'en approcha et fit jouer son CD, calmement. La musique des Beatles remplit la pièce, tout en douceur. Toute la classe savait que c'était le groupe favori de Lucie, car elle en avait parlé une fois, lorsqu'elle avait été forcée de passer devant la classe pour se présenter, en début d'année.
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Camille

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptySam 7 Nov - 0:38

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.

Jamais l'infirmière n'avait vu autant de monde dans une chambre. Et certains étaient restés dans le couloir, de surcroît. Toute une classe autour d'une comateuse. Certains étaient assis sur les fauteuils, deux ou trois sur le bord du lit, d'autres encore restaient debout. Certains pleuraient. Certains regardaient autour d'eux, comme perdus; certains la fixaient, elle; certains regardaient avec une fascination craintive la machine qui retenait toujours Lucie en vie.
Ils avaient tous des attitudes différentes, mais tous étaient présents. Apparemment, la jeune fille devait être fort appréciée à l'école pour qu'autant de monde vienne la voir. C'était les élèves qui avaient décidé de leur propre chef de venir tous ensemble, sans que leur titulaire n'ait rien à dire. Et maintenant cela faisait presqu'une demi-heure qu'ils étaient là, muets, dans la chambre d'hôpital. Lucie était toujours très sereine, n'avait hélas pas bougé malgré une certaine agitation - très silencieuse, certes, mais tout de même présente- lors de l'arrivée de ses compagnons.
Soudain, Marc se leva et sortit un CD de son sac. Il avait aperçu un lecteur sur une petite table. Il s'en approcha et fit jouer son CD, calmement. La musique des Beatles remplit la pièce, tout en douceur. Toute la classe savait que c'était le groupe favori de Lucie, car elle en avait parlé une fois, lorsqu'elle avait été forcée de passer devant la classe pour se présenter, en début d'année. Quelques élèves se mirent à pleurer, ce qui sembla contagieux. Lorsque les derniers accords de la chansons s'appaisèrent dans la pièce bondée, deux personnes sur trois étaient en larmes. Elisa n'en faisait pas partie. Le garçon qui venait d'entrer non plus. Les élèves ne remarquèrent pas directement ce grand brun, et ne furent intrigués par lui qu'une fois que, la visite terminée, il resta seul avec Elisa dans la chambre, sur accord de l'infirmière.
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Amandine

Amandine


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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptySam 7 Nov - 22:07

Il me semblait que t'aimais pas les Beatles Surprised Smile
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptySam 7 Nov - 22:19

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.

Jamais l'infirmière n'avait vu autant de monde dans une chambre. Et certains étaient restés dans le couloir, de surcroît. Toute une classe autour d'une comateuse. Certains étaient assis sur les fauteuils, deux ou trois sur le bord du lit, d'autres encore restaient debout. Certains pleuraient. Certains regardaient autour d'eux, comme perdus; certains la fixaient, elle; certains regardaient avec une fascination craintive la machine qui retenait toujours Lucie en vie.
Ils avaient tous des attitudes différentes, mais tous étaient présents. Apparemment, la jeune fille devait être fort appréciée à l'école pour qu'autant de monde vienne la voir. C'était les élèves qui avaient décidé de leur propre chef de venir tous ensemble, sans que leur titulaire n'ait rien à dire. Et maintenant cela faisait presqu'une demi-heure qu'ils étaient là, muets, dans la chambre d'hôpital. Lucie était toujours très sereine, n'avait hélas pas bougé malgré une certaine agitation - très silencieuse, certes, mais tout de même présente- lors de l'arrivée de ses compagnons.
Soudain, Marc se leva et sortit un CD de son sac. Il avait aperçu un lecteur sur une petite table. Il s'en approcha et fit jouer son CD, calmement. La musique des Beatles remplit la pièce, tout en douceur. Toute la classe savait que c'était le groupe favori de Lucie, car elle en avait parlé une fois, lorsqu'elle avait été forcée de passer devant la classe pour se présenter, en début d'année. Quelques élèves se mirent à pleurer, ce qui sembla contagieux. Lorsque les derniers accords de la chansons s'appaisèrent dans la pièce bondée, deux personnes sur trois étaient en larmes. Elisa n'en faisait pas partie. Le garçon qui venait d'entrer non plus. Les élèves ne remarquèrent pas directement ce grand brun, et ne furent intrigués par lui qu'une fois que, la visite terminée, il resta seul avec Elisa dans la chambre, sur accord de l'infirmière.
Jonathan fixait le visage de Lucie avec des airs de martyrs quand Elisa se leva.
- Tu viens? proposa-t-elle doucement.
Il se leva et la suivit après un dernier regard à la jeune fille étendue dans son lit. Ils marchèrent silencieusement dans la ville, suivant le hasard de leurs directions, sans vraiment faire attention à leur itinéraire. Et ils arrivèrent devant la maison de Lucie.
Elisa sonna à la porte et entra sans attendre de réponse. Véronique était à l'intérieur, elle releva les yeux d'un rapport qu'elle était en train de lire pour son travail. Elle s'était accoutumée des entrées quelque peu inhabituelles de la meilleure amie de sa fille et vint lui dire bonjour. Elle reconnut également le garçon qui lui avait écrit la lettre et se mordit violemment les lèvres pour ne pas pleurer à nouveau.
Elisa entraîna Jonathan dans les escaliers puis dans la chambre de Lucie. Elle farfouilla un peu dans son bureau et finit par lui montrer le journal intime de celle-ci. Il avait un cadenas mais Elisa en avait la clé qui pendait autour de son cou.
- Elle me l'a donnée en signe de confiance, répondit-elle avant qu'il n'ait pu lui poser la question.
Elle l'ouvrit et tourna les pages jusqu'à la dernière sur laquelle Lucie avait écrit:

"Je suis terriblement amoureuse de toi, Jonathan."
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Raphou




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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyDim 8 Nov - 17:15

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.

Jamais l'infirmière n'avait vu autant de monde dans une chambre. Et certains étaient restés dans le couloir, de surcroît. Toute une classe autour d'une comateuse. Certains étaient assis sur les fauteuils, deux ou trois sur le bord du lit, d'autres encore restaient debout. Certains pleuraient. Certains regardaient autour d'eux, comme perdus; certains la fixaient, elle; certains regardaient avec une fascination craintive la machine qui retenait toujours Lucie en vie.
Ils avaient tous des attitudes différentes, mais tous étaient présents. Apparemment, la jeune fille devait être fort appréciée à l'école pour qu'autant de monde vienne la voir. C'était les élèves qui avaient décidé de leur propre chef de venir tous ensemble, sans que leur titulaire n'ait rien à dire. Et maintenant cela faisait presqu'une demi-heure qu'ils étaient là, muets, dans la chambre d'hôpital. Lucie était toujours très sereine, n'avait hélas pas bougé malgré une certaine agitation - très silencieuse, certes, mais tout de même présente- lors de l'arrivée de ses compagnons.
Soudain, Marc se leva et sortit un CD de son sac. Il avait aperçu un lecteur sur une petite table. Il s'en approcha et fit jouer son CD, calmement. La musique des Beatles remplit la pièce, tout en douceur. Toute la classe savait que c'était le groupe favori de Lucie, car elle en avait parlé une fois, lorsqu'elle avait été forcée de passer devant la classe pour se présenter, en début d'année. Quelques élèves se mirent à pleurer, ce qui sembla contagieux. Lorsque les derniers accords de la chansons s'appaisèrent dans la pièce bondée, deux personnes sur trois étaient en larmes. Elisa n'en faisait pas partie. Le garçon qui venait d'entrer non plus. Les élèves ne remarquèrent pas directement ce grand brun, et ne furent intrigués par lui qu'une fois que, la visite terminée, il resta seul avec Elisa dans la chambre, sur accord de l'infirmière.
Jonathan fixait le visage de Lucie avec des airs de martyrs quand Elisa se leva.
- Tu viens? proposa-t-elle doucement.
Il se leva et la suivit après un dernier regard à la jeune fille étendue dans son lit. Ils marchèrent silencieusement dans la ville, suivant le hasard de leurs directions, sans vraiment faire attention à leur itinéraire. Et ils arrivèrent devant la maison de Lucie.
Elisa sonna à la porte et entra sans attendre de réponse. Véronique était à l'intérieur, elle releva les yeux d'un rapport qu'elle était en train de lire pour son travail. Elle s'était accoutumée des entrées quelque peu inhabituelles de la meilleure amie de sa fille et vint lui dire bonjour. Elle reconnut également le garçon qui lui avait écrit la lettre et se mordit violemment les lèvres pour ne pas pleurer à nouveau.
Elisa entraîna Jonathan dans les escaliers puis dans la chambre de Lucie. Elle farfouilla un peu dans son bureau et finit par lui montrer le journal intime de celle-ci. Il avait un cadenas mais Elisa en avait la clé qui pendait autour de son cou.
- Elle me l'a donnée en signe de confiance, répondit-elle avant qu'il n'ait pu lui poser la question.
Elle l'ouvrit et tourna les pages jusqu'à la dernière sur laquelle Lucie avait écrit:

"Je suis terriblement amoureuse de toi, Jonathan."

Le jeune homme fit un pas en arrière, de surprise. Il n'en revenait pas.
-T'y crois pas, hein, remarqua Elisa. Je le savais. Tout le monde est comme ça. Quand une personne aime quelqu'un, elle croit jamais que ça pourrait être réciproque. Vous êtes tellement pessimistes quand vous êtes amoureux...
Jonathan n'osa pas lui répondre que si elle avait déjà aimé quelqu'un d'amour, elle saurait que c'est humain de penser que c'est obligatoirement une relation à sens unique et qu'on a aucune chance avec l'autre. Mais il se retint.
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Camille

Camille


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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyDim 8 Nov - 22:53

"c'est humain de penser que c'est obligatoirement une relation à sens unique" T'es pas obligée de nous resortir notre cours de religion de deuxième dans l'histoire où on gère le plus mdr.
Souvenirs souvenirs <3 =D.
Ceci dit je suis pas d'accord avec toi, ya plein de gens qui pensent que c'est réciproque sinon ils demanderaient pas pour sortir avec l'autre, à moins d'être vraiment cons.

J'ai changé une phrase, celle en rouge. C'était pas logique ce que t'avais mis 8D.


La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.

Jamais l'infirmière n'avait vu autant de monde dans une chambre. Et certains étaient restés dans le couloir, de surcroît. Toute une classe autour d'une comateuse. Certains étaient assis sur les fauteuils, deux ou trois sur le bord du lit, d'autres encore restaient debout. Certains pleuraient. Certains regardaient autour d'eux, comme perdus; certains la fixaient, elle; certains regardaient avec une fascination craintive la machine qui retenait toujours Lucie en vie.
Ils avaient tous des attitudes différentes, mais tous étaient présents. Apparemment, la jeune fille devait être fort appréciée à l'école pour qu'autant de monde vienne la voir. C'était les élèves qui avaient décidé de leur propre chef de venir tous ensemble, sans que leur titulaire n'ait rien à dire. Et maintenant cela faisait presqu'une demi-heure qu'ils étaient là, muets, dans la chambre d'hôpital. Lucie était toujours très sereine, n'avait hélas pas bougé malgré une certaine agitation - très silencieuse, certes, mais tout de même présente- lors de l'arrivée de ses compagnons.
Soudain, Marc se leva et sortit un CD de son sac. Il avait aperçu un lecteur sur une petite table. Il s'en approcha et fit jouer son CD, calmement. La musique des Beatles remplit la pièce, tout en douceur. Toute la classe savait que c'était le groupe favori de Lucie, car elle en avait parlé une fois, lorsqu'elle avait été forcée de passer devant la classe pour se présenter, en début d'année. Quelques élèves se mirent à pleurer, ce qui sembla contagieux. Lorsque les derniers accords de la chansons s'appaisèrent dans la pièce bondée, deux personnes sur trois étaient en larmes. Elisa n'en faisait pas partie. Le garçon qui venait d'entrer non plus. Les élèves ne remarquèrent pas directement ce grand brun, et ne furent intrigués par lui qu'une fois que, la visite terminée, il resta seul avec Elisa dans la chambre, sur accord de l'infirmière.
Jonathan fixait le visage de Lucie avec des airs de martyrs quand Elisa se leva.
- Tu viens? proposa-t-elle doucement.
Il se leva et la suivit après un dernier regard à la jeune fille étendue dans son lit. Ils marchèrent silencieusement dans la ville, suivant le hasard de leurs directions, sans vraiment faire attention à leur itinéraire. Et ils arrivèrent devant la maison de Lucie.
Elisa sonna à la porte et entra sans attendre de réponse. Véronique était à l'intérieur, elle releva les yeux d'un rapport qu'elle était en train de lire pour son travail. Elle s'était accoutumée des entrées quelque peu inhabituelles de la meilleure amie de sa fille et vint lui dire bonjour. Elle reconnut également le garçon qui lui avait écrit la lettre et se mordit violemment les lèvres pour ne pas pleurer à nouveau.
Elisa entraîna Jonathan dans les escaliers puis dans la chambre de Lucie. Elle farfouilla un peu dans son bureau et finit par lui montrer le journal intime de celle-ci. Il avait un cadenas mais Elisa en avait la clé qui pendait autour de son cou.
- Elle me l'a donnée en signe de confiance, répondit-elle avant qu'il n'ait pu lui poser la question.
Elle l'ouvrit et tourna les pages jusqu'à la dernière sur laquelle Lucie avait écrit:

"Je suis terriblement amoureuse de toi, Jonathan."

Le jeune homme fit un pas en arrière, de surprise. Il n'en revenait pas.
-T'y crois pas, hein, remarqua Elisa. Je le savais. Tout le monde est comme ça. Quand une personne aime quelqu'un, elle croit jamais que ça pourrait être réciproque. Vous êtes tellement pessimistes quand vous êtes amoureux...
Jonathan aurait voulu lui répondre que si elle avait déjà aimé quelqu'un d'amour, elle saurait que c'est humain de penser que c'est obligatoirement une relation à sens unique et qu'on a aucune chance avec l'autre. Mais il se retint.
Lucie était dans le coma depuis une semaine. Depuis une semaine il ne lui avait plus parlé, et c'était dans cette solitude qu'elle lui disait ce qu'il désirait le plus entendre, depuis si longtemps.
Il ignorait que Lucie avait un journal intime. Il le prit des mains d'Elisa avec hésitation, et celle-ci ouvrit les mains en signe d'accord. Elle savait que Lucie aurait voulu qu'il le lise dans un cas pareil.
Jonathan ne tourna pas directement la page. Il relu tout d'abord cette phrase quelques dizaines de fois.
"Je suis terriblement amoureuse de toi, Jonathan."
Il caressa le papier du bout des doigts. Puis il se rendit compte qu'il n'était pas seul, et ouvrit le carnet à une page au hasard.
"Je pense à lui tout le temps. Voilà deux ans que c'est ainsi. Il devrait être abîmé par mes pensées, à force."
Jonathan changea de page.
"Il paraît que quand notre coeur bat trop vite, on perd des secondes de notre vie. J'ai passé la journée avec Jonathan. J'ai dû perdre plusieurs jours de ma vie, aujourd'hui."
"J'aimerais tellement qu'il m'aime, lui aussi."
"Je n'oserai jamais faire le premier pas. J'en suis tout simplement incapable.
Il ne le fera pas, lui, il ne m'aime pas.
Je vais mourir vieille fille."
"Je suis tellement jalouse de cette fille. Il lui envoie tout le temps des messages. Il parle beaucoup d'elle. Elle s'appelle Catherine. Elle est belle et gentille, c'est la fille parfaite. Au moins il a bon goût."
"Est-ce normal d'aimer une même personne à ce point pendant deux ans, sans qu'il ne se passe rien entre vous?"
"S'il y a bien un sentiment qui n'aurait jamais dû exister, c'est cette jalousie qui me ronge sans cesse et que j'haïs plus que tout."

Jonathan cessa de lire. Toutes ces phrases ne semblaient parler que de lui. Il aurait voulu dire immédiatement à Lucie que Catherine n'était qu'une simple amie. Qu'elle n'était rien par rapport à elle. Il aurait voulu s'excuser de lui avair fait du mal, de l'avoir rendue triste. Il aurait voulu la prendre dans ses bras et la serrer aussi fort que possible, lui envoyer un message si elle n'était pas avec lui, à l'instant même. Il aurait voulu faire tant des choses.
Jonathan réouvrit le carnet à la dernière page. Il prit un bic sur le bureau de Lucie et traça, lentement, de sa plus belle écriture:
"Nous avons fait une belle erreur, Lucie. Nous avons perdu tellement de temps. Et je suis horriblement déçu à l'idée que ce qui aurait dû se passer entre nous n'aura peut-être jamais lieu. Qu'est-ce que l'espoir? Est-ce cette chose qui m'a quitté depuis longtemps, et qui m'amènerais sans doute à penser que tu reviendras peut-être à la vie? Sert-elle vraiment à quelque chose?
Si tu m'aimes autant que moi je t'aime, alors on aura vraiment raté quelque chose."
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyLun 9 Nov - 21:59

Camille a écrit:
"c'est humain de penser que c'est obligatoirement une relation à sens unique" T'es pas obligée de nous resortir notre cours de religion de deuxième dans l'histoire où on gère le plus mdr.
Souvenirs souvenirs <3 =D.


Rafraichis-moi la mémoire, je ne me souviens pas de tout ça Surprised bounce bounce bounce Neutral
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Amandine

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MessageSujet: Re: Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête.   Ca fait un petit temps que j'ai cette idée dans la tête. EmptyLun 9 Nov - 22:15

La main de Lucie était inerte dans celle de Véronique, sa mère.
Lucie respirait mais elle était entre la vie et la mort après cet horrible accident de voiture. Véronique avait été avec elle, elle avait vu les yeux de Lucie se fermer, alors qu'elles venaient toutes les deux de se disputer pour une sortie que Véronique ne voulait pas accorder à sa fille, alors que juste après, une voiture s'était encastrée dans la leur dans une accélération trop forte et que les deux véhicules avaient valsés dans le décor.

- Bonjour, madame.
- Bonjour, Elisa.
Elisa était la meilleure amie de Lucie. Véronique et cette dernière se rendaient chez elle en empruntant l'autoroute lors de l'accident.
Elisa s'assit sur le l'unique et vieux fauteuil qui était dans la pièce, replia sa veste qu'elle coinça derrière son dos et regarda celle qu'elle considérait comme une soeur, qui semblait paisiblement endormie.
- Tu me manques, Lu, murmura-t-elle.

Elisa était une fille que Véronique n'avait jamais réussit à comprendre. Le caractère de la jeune chinoise était si semblable à celui de Lucie... Mais Véronique n'avait jamais compris Lucie.
Elle avait vu tant de fois les deux filles, silencieuses, à la sortie de l'école, fixer le ciel ou un point quelconque en souriant sans raison. Elles ne se téléphonaient jamais, mais s'écrivaient de nombreuses lettres, même si elles se voyaient le lendemain à l'école. Chaque fois qu'Elisa venait à la maison, Véronique surprenait les deux amies lisant sur le lit de sa fille, côte à côte, de vieux classiques qu'elles avaient trouvés au grenier.
Elisa ressemblait énormément à Lucie. Elle souriait rarement, mais l'éclat de ses iris, les contours de sa bouche et le plissement de ses yeux laissaient à croire qu'elle riait sans cesse intérieurement. Elle semblait avoir peu d'amis, travaillait beaucoup, s'adonnait à peu d'activités, et elle semblait pourtant si heureuse. Elle était toujours d'humeur calme et ne parlait que pour dire le strict nécessaire. Les réponses qu'elle donnait aux questions qu'on lui posait semblaient toujours, à première vue, n'avoir aucun lien avec le sujet abordé. Beaucoup, pour cette raison, la croyaient dérangée. Mais si l'on faisait attention, en réfléchissant longtemps, on se rendait compte qu'elle avait répondu avec une précision implacable à la question, mais de manière toujours indirecte, poétique... intelligente. C'était un phénomène dur à expliquer. Lucie et son amie faisaient toujours preuve d'une sagesse qu'on attribue généralement aux arrière-grand-pères.
Et alors que la personne qui lui était la plus chère au monde était au portes de la mort, Elisa restait simplement assise dans un vieux fauteuil, silencieuse et calme comme toujours, et disait à celle qui ne pouvait plus l'entendre qu'elle lui manquait. Tout simplement.

Véronique pleurait silencieusement et Elisa ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, on aurait pu dire qu'elle allait éclater de rire, comme si tout ceci n'était qu'une bonne blague, parfois elle semblait immergée dans le désespoir.
Puis, la porte s'ouvrit encore et une infirmière entra, suivie d'un grand garçon qui paraissait avoir poussé trop vite. Il avait l'air un peu perdu, comme s'il ne savait pas comment il était arrivé là. Elisa lui sourit gentiment quand il s'avança vers elle. Il fit un geste de la tête à Véronique pour lui dire bonjour, tous deux ne se connaissaient pas.
Ce garçon s'appelait Jonathan. Il avait dix-sept ans, et avait rencontré Lucie deux ans auparavant au rayon littérature française, lettre B, de la bibliothèque communale. Il avait attrapé "Eugénie Grandet" deux secondes avant elle. En la voyant faire un pas en arrière, déçue, il lui avait proposé de lui laisser le livre. Elle avait refusé. Il avait insisté. Elle avait accepté. Ils s'étaient revus le lendemain, puis le surlendemain, dans cette même bibliothèque.
Ce garçon était le premier et unique amour de Lucie. Elle ne lui avait jamais avoué.
Elisa lui avait demandé de venir, alors il était venu.
Il prit une chaise et s'assit près du lit. Il regarda longtemps Lucie, silencieux, puis se leva et repartit une minute avant que l'infirmière ne viennent signaler la fin des visites.
Véronique songea qu'elle avait encore affaire à quelqu'un d'étrange, et commença à se demander si ce n'était pas elle, dans toute l'histoire, qui avait un problème.

Le lendemain, Jonathan revint de nouveau vers 16h, accompagné d'Elisa, encore une fois. Mais Elisa ne resta pas. Jonathan s'assit en face de Véronique et sorti de son sac une feuille de papier sur laquelle il commença à écrire. Une demi-heure plus tard, il retournait la page et encore quelques secondes après il plia la feuille qu'il déposa sur la table de chevet à côté du lit de Lucie. Il jeta un regard d'avertissement à Véronique puis s'en alla.
Véronique ouvrit la lettre et lut.

"Lucie,

J'aurais aimé pouvoir te dire ce que tu vas lire dans d'autres circonstances. J'aurais aimé pouvoir te le dire devant une certaine bibliothèque, où nous nous sommes rencontrés il y a deux ans. Ou sous le saule pleureur au fond de ton jardin, où nous avons passé tant de temps ensemble. Ou encore sur le banc au bord du lac où nous allions parfois pour ne rien faire.
J'aurais aimé qu'il neige ce jour-là. Tu aurais eu froid, et je t'aurais donné mon manteau. Tu m'aurais regardé droit dans les yeux, comme tu le fais toujours quand nous sommes seuls tous les deux. J'aurais rougi de gêne, à l'idée de ce que je me préparerais à te dire, mais tu aurais attribué cela à la morsure du froid. On serait restés sans parler, comme d'habitude, car le silence ne gêne que celui qui ne sait pas penser en commun avec son voisin. C'est la chose que j'ai toujours préféré faire avec toi. Penser à deux.
Moi, donc, j'aurais rougi très fort. Puis j'aurais passé ma main dans tes cheveux que le vent éparpillerait pour les remettre à leur place. Je sais comment tu aurais réagi, ton imitation de la tomate aurait été encore meilleure que la mienne. Alors j'aurais dit que Balzac était mon écrivain préféré car c'était grace à lui qu'on se connaissait, et tu aurais souri. Je me souviens qu'une fois, tu m'as dit penser que la manière la plus romantique de déclarer son amour à une fille est de l'embrasser. Au bon moment. J'aurais jugé qu'on était en plein dans ce bon moment, alors je t'aurais embrassée. J'aurais attendu une claque. Dans mes rêves, elle ne serait pas venue. Et on aurait rien dit d'autre. On aurait continué à se regarder alors que j'aurais essayé de ne pas me noyer dans tes yeux.
Hier, Elisa m'a amené ici, dans cette chambre qui sent la maladie et la souffrance. J'espère que tu ne ressens rien de tout ça. J'ai vu ta mère, aussi, pour la première fois. Je ne l'imaginais pas comme ça. Tu disais qu'elle était si souvent gaie. Tu ne la reconnaitrais pas. C'est ce qu'Elisa décrivait aussi: un mort-vivant. Moi qui aimais tant cette lumière de vie sur ton visage qui maintenant a l'air simplement paisible, reposé, elle qui te ressemble tellement semble dépérir.
J'ai peur de te perdre, Lucie.
Mais je crois que des fois on n'a pas le choix. Alors je vais te dire dans cette lettre ce que j'aurais aimé te dire ailleurs, devant une bibliothèque, sous un saule pleureur, assis sur un banc au bord du lac. Je t'aime, Lucie. Tu ne le sauras peut-être jamais. Mais au moins, je te l'aurai dit.

Jonathan"

Véronique reposa la lettre en pleurant. Elle regarda sa fille puis quitta la chambre pour aller boire un café et se remettre de ses émotions.

- Asseyez-vous.
Les élèves exécutèrent la demande de leur titulaire. Monsieur Thibault les regarda d'un air grave.
- Lucie est dans le coma. Elle va peut-être mourir.
-Quoi? s'étonnèrent, horrifiés, les élèves. Ils avaient bien remarqué que ça faisait quelque temps que Lucie était absente de la classe, mais ils étaient loin d'imaginer quelque chose d'aussi grave.
- Elle a eu un accident de voiture, et est à l'hôpital Saint-Joseph. Pour ceux qui désirent aller la voir...
Dans la douleur, le titulaire était satisfait de lui-même. Il avait annoncé à sa classe la nouvelle, sans s'effondrer, d'un coup, le plus dur était passé. Quoique... Maintenant il allait devoir affronter toutes les questions de ses élèves, de celles auxquelles il savait répondre aux plus précises. Et là encore il risquait de craquer à tout moment, tellement cette histoire lui en rappelait une autre, celle de sa propre fille, elle-même décédée d'un accident de voiture quelques années auparavant. Mais sa femme l'avait préparé à cette épreuve en lui disant que, justement, il saurait dire aux élèves ce qu'il était important de faire pour Lucie et sa famille, et ce qui au contraire, retournerait le couteau dans la plaie. Mais cela promettait quand même de ne pas être facile.
La classe, quant à elle, était sous le choc. Les élèves avaient bien remarqué l'air grave de leur professeur en entrant dans la classe ce matin, mais s'attendaient à tout autre chose. Marc et Zoé prévoyaient un sermon car ils avaient triché à l'interro de latin de la semaine d'avant, Julien et David s'attendaient à des reproches concernant les injures qu'ils avaient proféré à des élèves de deux ans en moins qu'eux... Chacun avait sa crainte, mais le discours du titulaire avait été bien pire que tout ce qu'ils avaient pu imaginer.
Le regard du professeur s'attarda un instant sur une chaise vide au fond de la classe. Juste à côté, Elisa était assise et le regardait fixement. Sans ciller. Alors que Zoé et quelques autres qui n'étaient pourtant pas très proche de Lucie s'étaient mis à pleurer, Elisa semblait ne rien ressentir, son visage gardait son calme sempiternel.
- Qu'est-ce qui s'est vraiment passé, monsieur? lança Julien. Quand est-ce qu'elle pourrait revenir?
Elisa ne laissa pas le temps à monsieur Thibault de répondre; avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, elle lui avait répondu:
- Elle est heureuse, pour le moment. Elle ne s'est pas encore rendue compte de la prison dans laquelle elle se trouve.
En temps normal, tous les élèves auraient soupiré et n'auraient prêté aucune attention à ce qu'Elisa venait de dire. Elle était folle, c'était comme ça, tout le monde le savait.
Mais là, elle parlait - fait déjà rare en soi; de surcroît, elle parlait très calmement de sa meilleure amie dans le coma.
Et même si elle n'avait pas répondu à la question, Julien ne demanda pas plus de précisions. Chloé, entre deux sanglots, demanda, directement à Elisa :
- Y a... plus... plus de chances qu'elle revienne ou...
- Arrête Chloé... Parle pas... pas... de malheurs, coupa Zoé.
Elisa, après avoir vu la mine déconfite de son titulaire, se décida à répondre, toujours sans laisser paraître d'émotion, quelle qu'elle soit:
- On n'en sait rien, Chloé. Pour l'instant, elle a autant de chances de survivre que l'inverse. Il faut juste garder espoir...
A ce moment-là, Monsieur Thibault commença à se sentir mal. Il prit sa tête entre ses mains, et sortit de la classe précipitamment.

Jamais l'infirmière n'avait vu autant de monde dans une chambre. Et certains étaient restés dans le couloir, de surcroît. Toute une classe autour d'une comateuse. Certains étaient assis sur les fauteuils, deux ou trois sur le bord du lit, d'autres encore restaient debout. Certains pleuraient. Certains regardaient autour d'eux, comme perdus; certains la fixaient, elle; certains regardaient avec une fascination craintive la machine qui retenait toujours Lucie en vie.
Ils avaient tous des attitudes différentes, mais tous étaient présents. Apparemment, la jeune fille devait être fort appréciée à l'école pour qu'autant de monde vienne la voir. C'était les élèves qui avaient décidé de leur propre chef de venir tous ensemble, sans que leur titulaire n'ait rien à dire. Et maintenant cela faisait presqu'une demi-heure qu'ils étaient là, muets, dans la chambre d'hôpital. Lucie était toujours très sereine, n'avait hélas pas bougé malgré une certaine agitation - très silencieuse, certes, mais tout de même présente- lors de l'arrivée de ses compagnons.
Soudain, Marc se leva et sortit un CD de son sac. Il avait aperçu un lecteur sur une petite table. Il s'en approcha et fit jouer son CD, calmement. La musique des Beatles remplit la pièce, tout en douceur. Toute la classe savait que c'était le groupe favori de Lucie, car elle en avait parlé une fois, lorsqu'elle avait été forcée de passer devant la classe pour se présenter, en début d'année. Quelques élèves se mirent à pleurer, ce qui sembla contagieux. Lorsque les derniers accords de la chansons s'appaisèrent dans la pièce bondée, deux personnes sur trois étaient en larmes. Elisa n'en faisait pas partie. Le garçon qui venait d'entrer non plus. Les élèves ne remarquèrent pas directement ce grand brun, et ne furent intrigués par lui qu'une fois que, la visite terminée, il resta seul avec Elisa dans la chambre, sur accord de l'infirmière.
Jonathan fixait le visage de Lucie avec des airs de martyrs quand Elisa se leva.
- Tu viens? proposa-t-elle doucement.
Il se leva et la suivit après un dernier regard à la jeune fille étendue dans son lit. Ils marchèrent silencieusement dans la ville, suivant le hasard de leurs directions, sans vraiment faire attention à leur itinéraire. Et ils arrivèrent devant la maison de Lucie.
Elisa sonna à la porte et entra sans attendre de réponse. Véronique était à l'intérieur, elle releva les yeux d'un rapport qu'elle était en train de lire pour son travail. Elle s'était accoutumée des entrées quelque peu inhabituelles de la meilleure amie de sa fille et vint lui dire bonjour. Elle reconnut également le garçon qui lui avait écrit la lettre et se mordit violemment les lèvres pour ne pas pleurer à nouveau.
Elisa entraîna Jonathan dans les escaliers puis dans la chambre de Lucie. Elle farfouilla un peu dans son bureau et finit par lui montrer le journal intime de celle-ci. Il avait un cadenas mais Elisa en avait la clé qui pendait autour de son cou.
- Elle me l'a donnée en signe de confiance, répondit-elle avant qu'il n'ait pu lui poser la question.
Elle l'ouvrit et tourna les pages jusqu'à la dernière sur laquelle Lucie avait écrit:

"Je suis terriblement amoureuse de toi, Jonathan."

Le jeune homme fit un pas en arrière, de surprise. Il n'en revenait pas.
-T'y crois pas, hein, remarqua Elisa. Je le savais. Tout le monde est comme ça. Quand une personne aime quelqu'un, elle croit jamais que ça pourrait être réciproque. Vous êtes tellement pessimistes quand vous êtes amoureux...
Jonathan aurait voulu lui répondre que si elle avait déjà aimé quelqu'un d'amour, elle saurait que c'est humain de penser que c'est obligatoirement une relation à sens unique et qu'on a aucune chance avec l'autre. Mais il se retint.
Lucie était dans le coma depuis une semaine. Depuis une semaine il ne lui avait plus parlé, et c'était dans cette solitude qu'elle lui disait ce qu'il désirait le plus entendre, depuis si longtemps.
Il ignorait que Lucie avait un journal intime. Il le prit des mains d'Elisa avec hésitation, et celle-ci ouvrit les mains en signe d'accord. Elle savait que Lucie aurait voulu qu'il le lise dans un cas pareil.
Jonathan ne tourna pas directement la page. Il relu tout d'abord cette phrase quelques dizaines de fois.
"Je suis terriblement amoureuse de toi, Jonathan."
Il caressa le papier du bout des doigts. Puis il se rendit compte qu'il n'était pas seul, et ouvrit le carnet à une page au hasard.
"Je pense à lui tout le temps. Voilà deux ans que c'est ainsi. Il devrait être abîmé par mes pensées, à force."
Jonathan changea de page.
"Il paraît que quand notre coeur bat trop vite, on perd des secondes de notre vie. J'ai passé la journée avec Jonathan. J'ai dû perdre plusieurs jours de ma vie, aujourd'hui."
"J'aimerais tellement qu'il m'aime, lui aussi."
"Je n'oserai jamais faire le premier pas. J'en suis tout simplement incapable.
Il ne le fera pas, lui, il ne m'aime pas.
Je vais mourir vieille fille."
"Je suis tellement jalouse de cette fille. Il lui envoie tout le temps des messages. Il parle beaucoup d'elle. Elle s'appelle Catherine. Elle est belle et gentille, c'est la fille parfaite. Au moins il a bon goût."
"Est-ce normal d'aimer une même personne à ce point pendant deux ans, sans qu'il ne se passe rien entre vous?"
"S'il y a bien un sentiment qui n'aurait jamais dû exister, c'est cette jalousie qui me ronge sans cesse et que j'haïs plus que tout."

Jonathan cessa de lire. Toutes ces phrases ne semblaient parler que de lui. Il aurait voulu dire immédiatement à Lucie que Catherine n'était qu'une simple amie. Qu'elle n'était rien par rapport à elle. Il aurait voulu s'excuser de lui avair fait du mal, de l'avoir rendue triste. Il aurait voulu la prendre dans ses bras et la serrer aussi fort que possible, lui envoyer un message si elle n'était pas avec lui, à l'instant même. Il aurait voulu faire tant des choses.
Jonathan réouvrit le carnet à la dernière page. Il prit un bic sur le bureau de Lucie et traça, lentement, de sa plus belle écriture:
"Nous avons fait une belle erreur, Lucie. Nous avons perdu tellement de temps. Et je suis horriblement déçu à l'idée que ce qui aurait dû se passer entre nous n'aura peut-être jamais lieu. Qu'est-ce que l'espoir? Est-ce cette chose qui m'a quitté depuis longtemps, et qui m'amènerais sans doute à penser que tu reviendras peut-être à la vie? Sert-elle vraiment à quelque chose?
Si tu m'aimes autant que moi je t'aime, alors on aura vraiment raté quelque chose."
- Bravo. Ca vaut vraiment la peine de lui écrire ça maintenant. La prochaine fois, tu y penseras un peu plus tôt, d'accord?
Elle lui arracha le carnet des mains, le referma et le remit à sa place; puis elle quitta la chambre, Jonathan sur ses talons.
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